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Chapitre 2 : La rencontre

L’atmosphère se fait plus fraîche. Les ombres valsent sur les murs au gré du vacillement des torches. Les garçons continuent leurs progressions et finissent par apercevoir une ouverture d’où les rayons du soleil leur tendent la main.

« Enfin la lumière du jour, intervient Darlann, je commençais à stresser dans cette grotte »

« Allons-y, qu’on sorte de là et qu’on rejoigne Nathan et Quentin. Ils vont être surpris de nos découvertes ».

Ils accélèrent leurs pas et se mettent à rire joyeusement.

« Olà ! Interrompt soudain une voix rauque, qui va là ? »

Les deux compères se regardent stupéfaits, Nicolas lance au hasard :

« Désolé Monsieur, nous nous sommes perdus, pouvez-vous nous aider ? »

La créature qui leur fait face est de petite taille, c’est un nain. Il porte un casque et il tient une lance dans la main droite, il est également vêtu d’une armure bleutée et scintillante. Il pose un genou à terre, baisse la tête en signe de respect.

« Veuillez me pardonner mes seigneurs, dans cette pénombre je ne vous avais point reconnus »

Dans le cerveau des jeunes garçons s’entremêlent étonnement, soulagement et interrogation. Que peut bien faire là cet homme, si petit et si étrangement habillé.

Il se relève.

« Je suis Gustos, le gardien de cet endroit. J’ai le privilège et l’honneur d’accueillir les êtres de lumière, soyez les bienvenus messires »

Darlann interroge tout de même.

« Vous nous connaissez ? Vous nous avez déjà vus ? »

Sans répondre, le nain se retourne et poursuit.

« Suivez moi mes seigneurs, le temps presse »

Les deux adolescents talonnent le nain sans comprendre et s’encouragent à coup de regards successifs.

 

En sortant de la grotte, le petit être s’immobilise et détache de sa ceinture une sorte de corne de brume en forme de queue de cochon. Il souffle un long moment et le son que provoque l’instrument s’apparente aux célèbres brâmes des cerfs des forêts scandinaves. Les deux jeunes garçons, à la lumière du jour, découvrent un extraordinaire paysage, de hautes collines verdoyantes surplombent le site, de fins cours d’eau les jalonnent délicatement et de hauts arbres les dominent à leur cime. Une aquarelle médiévale telle que l’on peut les concevoir dans les contes pour enfants. Des oiseaux voltigent dans les airs, des lapins et des biches gambadent dans les prairies.

Nicolas interroge le gardien.

« Mais où sommes nous ? »

« Vous êtes à Foramen, la région montagneuse des mines, la patrie de notre peuple »

Un autre petit être s’approche d’eux, par le chemin venant en contrebas. Il est également recouvert d’un plastron métallique mais revêtu d’une capuche d’un marron assez terne. Il sourit à leur contact, laissant apparaître une dentition plutôt mal entretenue. Il les salue d’un geste de tête.

« Mes seigneurs, je suis Dux, votre guide dans cette contrée, veuillez me suivre jusqu’à notre village, auprès de notre reine »

« Une reine ! s’exclame Darlann ? »

« C’est la plus belle de notre race, répond le nain, et la plus savante surtout. Vous verrez, elle est impatiente de vous connaître »

« Elle sait déjà que nous sommes la ? » s’étonne Nicolas.

« Elle nous avait prédit votre arrivée »

De plus en plus surpris, Darlann et Nicolas ne peuvent que suivre, espérant évidemment avoir une explication à ce qui leur arrive. Ils entament tous trois leurs descentes.

« Tu crois qu’ils nous attendent encore devant la grille ? » lance soudainement Darlann en parlant de leurs deux autres camarades.

« Ben j’espère qu’ils viendront nous chercher » rétorque Nicolas.

Ils poursuivent leur chemin, et en levant les yeux, aperçoivent leur destination. C’est une grande vallée plane entourée, tel un fer à cheval, de multiples collines parsemées de diverses cavités ressemblant à des entrées de mines. Un village supplante cette plaine d’où de centaines d’individus de petite taille s’animent et s’affairent. Deux grandes murailles de pierres s’étendent de chaque coté de la porte d’entrée, gardées par de hautes tours de garde. Les yeux des gardiens sont rivés sur nos voyageurs dès qu’ils pénètrent dans l’enceinte du village.

 

L’ambiance est plutôt bruyante, formée de bavardages rauques, de grincements de roues de charrettes, de coups métalliques de marteaux sur des enclumes noires. Les deux adolescents se sentent épiés, mais impressionnés par tout ce petit monde qu’ils dépassent d’une bonne tête, ils lâchent même quelques sourires au gré des passants et travailleurs qu’ils rencontrent.

« Nous vivons de la fabrique d’armes, explique Dux, notamment avec le fer que nous extrayons de nos mines. Nous sommes renommés pour ça, nous faisons du commerce avec toutes les contrées »

« Il y a d’autres endroits comme celui-ci ? » rétorque Darlann

Le guide se met à sourire ouvertement.

« Vous verrez, messires, vous verrez … »

Ils poursuivent leur traversée du village, et atteignent enfin et a priori le bâtiment principal, il est plus imposant que les autres et mieux décoré. Le nain les invite à rentrer.

La salle est assez vaste. Elle est ornée sur les murs de diverses haches, hallebardes et boucliers, des torches les éclairent, ce qui rappelle étrangement la cave du vieux château abandonné. Au fond de la pièce, sur une estrade, trône un fauteuil de bois tressé. Une créature féminine y est accoudée et discute probablement avec un des ses conseillers, nain de son état. En revanche, elle paraît plus grande et très pâle de peau, de plus costumée comme une guerrière, des habits de cuir lui recouvrent la poitrine et le bassin, des bottes de même facture lui montent au genou.

Elle marque un temps d’arrêt, et tourne son regard vers nos compagnons, les fixant intensément.

Son visage sourit. Elle se lève du fauteuil et s’approche de deux garçons. Le nain avait raison, elle est excessivement belle, elle est élancée et jouit d’une plastique de femme fatale.

« Je vous attendais jeunes guerriers, je me nomme Tali Suchar, reine de ce royaume »

« Je suis Nicolas et mon camarade c’est Darlann, désolé mais nous sommes un peu perdu … »

La reine l’interrompt.

« Je me doute, mais ne vous inquiétez pas, vous êtes en sécurité ici »

Puis, désignant une table de bois, les invite à s’asseoir. Elle effectue un geste de la main en direction d’un petit être qui s’empresse d’apporter trois gobelets en fer et un pichet rempli d’un liquide blanchâtre. Il les sert mais les adolescents hésitent à y tremper leurs lèvres.

« Goûtez, n’ayez pas peur, c’est une limonade à base d’essence de fleur, ça redonne des forces. Je suppose que vous vous demandez où vous vous trouvez, dans cet endroit ? »

A juger de leurs airs interrogatifs, la jeune femme n’attend pas de réponses pour poursuivre.

«  Vous vous situez dans un monde que l’on pourrait qualifier de fantastique, surtout au regard des créatures qui le peuplent. Il n’a pas de nom, personne n’a songé à lui en fournir un d’ailleurs. Il est principalement composé de diverses régions, dont la contrée de Foramen, là où vous êtes actuellement. A en croire par le bâton que tu possèdes, s’adresse t-elle pensivement à Nicolas, tu dois être le mage ! »

« Je l’ai découvert dans le château du vieux fou, il a ouvert le passage qui nous a conduit jusqu’ici »

Nicolas en profite pour l’interroger de plus belle.

« Sans vous offenser … Tali … je peut me permettre de vous poser une question ? »

« Tu te demandes pourquoi je ne suis pas une naine comme eux. Et bien je viens du même monde que vous, mais je suis arrivée il y a fort longtemps. Le temps ne passe pas aussi rapidement que dans l’autre monde, il s’écoule cinq fois moins vite. J’ai emprunté comme vous le passage voila bien quarante de vos années, avec mon ami, Greg Waden. Je l’avais invité dans la nouvelle demeure qu’avait achetée mes parents, et voulant nous isoler nous avons atterri dans cette cave que, je suppose, vous connaissez. Il est le mage et moi, comme vous l’avez sûrement déjà deviné, je suis la guerrière, j’ai compris bien après qu’il fallait cette condition pour que s’ouvre ce maudit passage »

Les deux adolescents commencent à comprendre ce qu’il leur arrive, enfin du moins en partie, mais ils la laissent continuer par galanterie.

« Quand nous sommes arrivés, ce monde était en guerre et nous fûmes séparés, lui emmené par la Horde, et moi recueillie par la communauté des nains. Je les ai aidés à se développer et ils m’ont élu reine. Et pendant toutes ces années, j’ai cherché en vain à trouver et revoir Greg, mais la Horde est puissante et des guerriers nains ne suffisent pas à les combattre »

 

Ils finissent leurs breuvages et Nicolas intervient.

« Savez-vous comment nous pouvons rentrer ? »

« Si je le savais, je ne serais pas là en train de vous parler. Mais comme tu es le magicien je pense qu’il y a une solution. Pendant toutes ces années, j’ai parcouru le royaume et j’ai eu l’occasion de croiser le vieux sorcier Féodus. C’est un ancien et je suis quasiment sûre qu’il acceptera de te perfectionner dans la magie, elle est un excellent allié contre ces monstres barbares et sanguinaires, si cela s’avère nécessaire. Son domaine est à environ trois jours de marche et risque d’être long et périlleux, pour cela, deux de mes valeureux guerriers t’accompagneront, ainsi que Dux, le guide que tu connais déjà »

Soudain, la guerrière se lève.

« J’ai encore pas mal de choses à organiser, Dux va vous montrer vos chambres, nous nous verrons plus tard »

Elle prend congé des deux convives et sort du bâtiment en emmenant avec elle deux guerriers nains.

« Dans quelle histoire sommes nous tombés, réagit Nicolas, j’ai l’impression d’être dans un mauvais rêve »

« Je te confirme que nous sommes bien réveillés, rétorque Darlann, je me suis déjà pincé pour le vérifier »

« Je ne sais même pas comment retourner de l’autre coté. J’en saurai peut être plus en allant effectivement voir ce sorcier »

« En ne nous voyant pas revenir, ils vont plutôt s’inquiéter par chez nous, ils viendront nous chercher … »

« Je te rappelle que seul le bâton décide de l’ouverture de ce maudit passage, et je n’y suis pas arrivé la dernière fois. Que veut-il que je fasse ? »

Darlann pose par dépit la tête dans ses mains accoudées à table. Nicolas est en pleine réflexion. Il s’imprègne de l’endroit comme pour mieux accepter leurs présences.

« As-tu remarqué les boucliers qui apparaissent partout dans le village ? »

« Les jaunes et noirs avec une hache bleue au milieu ? »

« Tout juste, je l’ai aperçu dessiné sur une des portes à l’étage du château du vieux, il y en avait quatre autres de différentes couleurs ! »

« Qu’est-ce que ça signifie ? »

« Je n’en sais rien pour l’instant mais je pense que nous sommes tombés dans une sorte de monde parallèle du style jeu de rôles »

« Ah ben si c’est un jeu c’est cool » se réjouit Darlann.

« J’ai pas l’impression que cela en soit un … » balbutie Nicolas en retour.

Le petit guide les rejoints et leur fait signe de le suivre.

 

Pendant le trajet qui les mène à leurs quartiers, Nicolas s’autorise à cuisiner le nain, qui, somme toute, est plutôt fier de ramener sa science.

« J’ai aperçu d’autres blasons que le vôtre avant d’arriver chez vous, vous pouvez m’en dire quelque chose ? »

« Tout à fait, messires, il y a cinq races revendiquées sur tout le territoire, chacune d’elle représentée par des armoiries. Les nôtres, celles des nains, sont le jaune et le noir, l’or et le charbon, extraient de nos mines, ainsi qu’une hache bleue, pour le métal »

Il se met à se gratter la tête d’une main, comme pour demander à sa mémoire de l’aider dans la suite de son énumération, et des gestes numéraires de l’autre.

« Y a aussi … l’arbre dans un écusson vert, celui des créatures des forêts ou de la nature, le tout blanc de la communauté des êtres magiques, tel que les mages et sorciers, le noir avec trois griffes rouges au centre pour la Horde, créatures malfaisantes, enfin, le rouge et blanc avec une tête de lion pour les humains …»

« Des humains … ? Sursaute Darlann, mais alors nous ne sommes pas les seuls »

« Ils n’ont rien à voir avec des êtres de lumière tels que vous, messires »

« Pourquoi vous nous appelez constamment êtres de lumière ? » reprend Nicolas.

« Ben, dit il en levant les mains d’évidence, les humains aux cheveux de lune sont des êtres de lumière, tout le monde sait ça … »

C’est bien la première fois qu’il entend comparer sa tignasse blonde à un astre si célèbre.

 

Ils atteignent finalement la petite baraque qui leur servira d’appartement. Un rapide signe de salut du guide qui tourne déjà les talons et repart.

« Je viendrai vous rechercher pour le repas » lance t’il en s’éloignant.

L’intérieur est bas de plafond, et ils tiennent tout juste debout. Il n’y a pas de lit mais deux paillasses jonchent le sol en bois. Une table et des chaises occupent l’autre partie de la pièce, ainsi qu’une bassine accrochée à une pompe à eau, sûrement pour la toilette.

Darlann s’écroule sur une des chaises, qui accuse difficilement le choc, et manque même de céder à la pression.

« On ne peut tout de même pas rester ici, j’ai ma famille qui m’attend »

« Je n’ai pas la formule pour rentrer tu sais, mais je pense que ce Féodus pourrait nous aider »

« T’en as de bonnes toi, expire Darlann, je dois rester avec eux jusqu’à ce que tu reviennes »

« Profites-en pour en savoir davantage sur leurs coutumes »

«  Dépêche-toi surtout de revenir »

Trois naines apparaissent brusquement à l’encadrement de la porte, elles tiennent dans leurs bras des vêtements qu’elles tendent respectivement à nos deux compagnons, puis disparaissent aussitôt. Les deux adolescents détaillent ce qui vient de leur être apporté. Nicolas découvre une pèlerine blanche de soie fine, habit traditionnel des mages, et Darlann, le tout en métal, une cotte de maille, une armure, des gantelets et un heaume. Malgré la composition métallique, l’équipement est très léger, les nains sont de vrais orfèvres en tant que forgerons.

«  Je suppose qu’il faut s’équiper ainsi dans ce monde ! » peste Darlann.

Ils se préparent machinalement.

« Comment me trouvez vous Magicien ? » Ironise t-il.

« Cela vous sied à merveille seigneur de guerre »

Ils explosent de rire, un rire qui résonne dans tout le village, les quelques oiseaux posés sur le rebord du toit s’en échappent.

 

Dux entre dans la pièce. Il les considère un instant puis ajoute :

« Vous voila enfin prêt messires, vous êtes invités à la table de la reine pour le repas de ce soir, si vous voulez bien me suivre »

« Qu’y a-t-il au menu, salive Darlann, j’ai une faim de loup »

« Du poulet et du maïs, annonce le guide, avec la sauce du chef »

Ce repas ne l’enchante guère, mais après tout, quand on a faim on avalerait n’importe quoi. En entrant dans la salle à manger, la même salle que tout à l’heure transformée pour les besoins du dîner, l’odeur du poulet cuit embaume quasiment toute la pièce. De grandes tables sont dressées où moult guerriers nains s’empiffrent goulûment dans un vacarme digne des grands banquets de ce monde. En les voyant, la reine Tali leur lance un sourire amical et leur fait signe de s’installer près d’elle. Les assiettes de métal sont déjà présentes, des couverts y sont adjoints, apparemment qu’à cet endroit.

« J’ai encore quelques difficultés à leur enseigner les bonnes manières à table, excuse la jeune femme, mais régalez vous, le chef est devenu un vrai cordon bleu »

Les tables sont clairsemées de plateaux métalliques bondés de volailles rôties, que pioche chaque convive au gré de son appétit, d’écuelles remplies à rabord de maïs fumant, et bien évidemment de ces pichets aux boissons énergisantes. Darlann s’en donne à cœur joie, et comme ses voisins attablés, ignore ses couverts en arrachant une aile bien cuite aux volatiles. Nicolas, flegme, ne peut s’empêcher d’entamer la conversation.

« Chère reine, pouvez vous m’en dire davantage sur ce Féodus ? »

« Et bien c’est un mage, comme peut l’être tout personnage complexe de son espèce, dit-elle en buvant une gorgée avant de poursuivre, seuls les mages conversent entre eux, c’est pour cela que je ne lui jamais adressé la parole. Mais il connaît l’art de la magie et nous en avons fortement besoin pour maîtriser les créatures de la Horde »

« Et toi tu es un mage », reprend Darlann tout en mâchant sa bouchée

« Peut être, mais je n’ai jamais pratiqué de magie »

« Tu as ouvert le passage, lui rappelle Tali, ton perfectionnement se fera auprès de Féodus »

« Acceptera t’il de me former ? »

« J’ai quelques pièces d’or, conclut la guerrière, qui t’aideront à le convaincre »

Le repas se termine et, dans un brouhaha assourdissant, mêlant les chocs des métaux entre eux ou contre le bois, les nains désertent la table, laissant desservir les petits cuisiniers. Nos trois acolytes en font de même, et pour sa part, Darlann bien repu, laisse exprimer discrètement sa bonne digestion.

« Allez vous reposer, ajoute la reine avant de les abandonner, demain nous avons une importante journée »

D’un pas nonchalant, ils regagnent leur alcôve. Comment peuvent-ils dormir dans un endroit inconnu si angoissant et si loin de chez eux. Le stress envahit nos jeunes compagnons.

« Que va-t-on devenir si on ne peut rentrer chez nous » panique Darlann.

« Détends toi… S’il y a une solution, et il y en a une, je la trouverai crois moi ! »

« Nos familles vont mourir d’inquiétude en ne nous voyant pas rentrer ce soir »

« De toute façon nous n’avons pas le choix, nous leur expliquerons en temps voulu. Maintenant il faut dormir, je pense que des jours difficiles et intenses sont à venir »

Darlann, tout en se camouflant dans la couverture, exprime sa détresse par de petits bouts de phrases compréhensible que par lui-même. Nicolas réfléchit …

 

Le soleil s’extirpe de sa couchette et ses rayons illuminent tendrement la vallée de Foramen. Les oiseaux s’activent déjà dans le ciel, et certains animaux terrestres ont sorti le bout de leur nez afin d’humecter la fraîcheur de la rosée matinale. Une légère brume couvre le village encore groggy. Les gardes se relayent amicalement et les ouvriers, par des rapides étirements, s’apprêtent à entreprendre leur journée.

Un nain marche d’un pas soutenu et précipité dans les allées bordant les pâtés de maisons, c’est Dux le guide, il vient réveiller les deux jeunes garçons.

« Debout messires, la reine vous attend »

Ils se déplient douloureusement, agressés par de virulentes courbatures, les paillasses n’étant pas un mobilier de confort première classe. Ils enfilent leur tenue tout aussi péniblement et emboîtent le pas du gnome. Les mêmes sourires et les mêmes saluts leur parviennent comme la veille des habitants croisant leurs chemins. Darlann se frotte le front de fatigue et bâille intensivement tandis que Nicolas s’appuie généreusement sur son bâton, afin de garder quelque peu l’équilibre. Le petit guide en sourit.

Le doute et l’inquiétude envahissent l’esprit de Nicolas, ils avaient pris cette aventure jusque là à la légère, cependant ce n’est pas un jeu dont ils ont inventé les règles, mais belle est bien la réalité. Sur ce point aussi le trouble bouscule la compréhension, comment parler de réalité quand on est à suivre un être non humain d’à peine un mètre de hauteur et accoutré de la sorte, dans ce genre de paysage féerique. Il détourne les yeux et contemple Darlann, souriant, jovial, et effectuant des signes de salut à tout va, et admet qu’il s’est plutôt bien acclimaté à la situation, lui qui angoissait pour sa famille et ses proches. Toutes ces réflexions lui torturent l’esprit, toutefois, cela fait peut être partie de son initiation.

 

 

La reine des nains les accueille amicalement, accompagnée par bon nombre de nains en armure. Elle s’avance vers le jeune mage et d’un signe de la main, approche deux guerriers, qui produisent des petits cliquetis métalliques lors de leurs mouvements.

« Voici Talpa et Mus, présente Tali, les soldats qui t’accompagneront pendant ton trajet afin d’éviter les mauvaises surprises »

Ses os se glacent sous l’effroi à l’idée que ce périple soit dangereux et qu’une rencontre de mauvais augure ne lui anéantisse sa détermination. Pourquoi est-il le magicien, une arme tranchante l’aurait plus rassuré en pareil cas, ce n’est certainement pas un morceau de bois biscornu qui pourrait le défendre, pense t’il, même si il est affublé d’un nom si majestueux. Il se trompe évidemment.

Elle lui tend une bourse et agrémente :

« Voici l’or pour le sorcier, Dux vous accompagne, il est votre guide, quant à toi Darlann, notre Maître d’armes t’attend »

Les deux garçons s’enlacent fraternellement, comme pour mieux accepter leur séparation, puis Nicolas se dirige vers ses trois nouveaux compagnons d’aventure. Ensemble ils se mettent en route sous les manifestations de joie incitatives et admiratives des habitants, qui se sont réunis à l’entrée du village pour l’occasion. Au franchissement des grandes portes en acier cernées de murailles, Tali leurs hèle :

« Nous comptons sur ta réussite jeune magicien »

Nicolas esquisse un sourire crispé et lève la main d’acquiescement, tandis que le petit guide fanfaronne et parade en tête tout fièrement, comme tout héros d’un jour tel qu’il peut l’être. Le jeune mage scrute l’horizon et soupire son émotion perplexe, enrobé d’un courage quelque peu entamé.

Le voyage commence.

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